KYC et KYB : comprendre les règles de l’identification en ligne
Ouvrir un compte sur une plateforme de financement participatif implique presque toujours de fournir des informations personnelles et des documents d’identité. Pour beaucoup d’investisseurs, ces démarches peuvent sembler contraignantes, voire excessives.
Elles traduisent pourtant une réalité simple : l’investissement en ligne est devenu un canal majeur de circulation de flux financiers, accessible rapidement et à grande échelle. Et à ce titre, il est soumis à un cadre réglementaire exigeant, qui continue d’évoluer en 2026, dans la continuité des mesures prises au niveau européen.
Pourquoi ces contrôles existent-ils ? À quoi servent-ils réellement ? Et pour quelles raisons certaines informations doivent-elles être actualisées ou recertifiées ? Faisons le point.
Identification en ligne : de quoi parle-t-on concrètement ?
Dès lors qu’une plateforme d'investissement permet l’ouverture d’un compte, la circulation de fonds et la mise en relation d’investisseurs avec des porteurs de projets, elle doit être capable de répondre à une question centrale :
Qui se trouve réellement derrière chaque compte et chaque flux financier ?
L’enjeu n’est pas théorique. Sans identification fiable, il devient impossible de garantir la traçabilité des fonds, d’anticiper les usages frauduleux ou de répondre aux obligations imposées aux acteurs financiers. C’est précisément pour répondre à cette exigence que les dispositifs d’identification regroupés sous les notions de KYC et de KYB ont été mis en place.
Le KYC : identifier une personne physique
Le KYC (”Know Your Customer” ou en français : “Connais ton client”) vise à s’assurer que la personne qui ouvre un compte est bien celle qu’elle prétend être, et que les opérations réalisées le sont bien par le titulaire légitime du compte.
Concrètement, cela repose sur trois piliers :
- la collecte d’informations d’identité de base,
- leur vérification à l’aide de documents officiels,
- la confirmation que la démarche est bien effectuée par la personne concernée (et non par un tiers ou une identité usurpée).
Ce contrôle n’est pas figé. Il peut être mis à jour dans le temps, dans le cadre d'un processus de recertification, notamment lorsque la relation financière évolue, que les montants investis changent ou que le cadre réglementaire se renforce.
Le KYB : identifier une entreprise et ceux qui la contrôlent
Le KYB (Know Your Business) s’applique lorsqu’un compte est ouvert au nom d’une entreprise ou d’une personne morale. L’objectif n’est pas uniquement d’identifier une société sur le plan juridique, mais de comprendre qui la représente légalement, qui la contrôle réellement et qui bénéficie in fine des opérations financières.
Cela implique notamment :
- l’identification du représentant légal,
- la vérification des bénéficiaires effectifs (dirigeants ou actionnaires détenant une part significative du capital ou du contrôle),
- la collecte de documents juridiques et financiers de base.
L’objectif n’est pas d’« enquêter » sur les entreprises, mais de s’assurer que les flux financiers sont cohérents avec leur structure, leur activité et leurs dirigeants. Là encore, ces éléments peuvent faire l’objet de mises à jour périodiques, notamment lorsque la structure de l’entreprise évolue ou lorsque les exigences réglementaires sont renforcées.
Pourquoi ces contrôles sont imposés par la réglementation
L’exigence d’identification ne répond pas à une logique administrative abstraite.
Elle s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large : la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT), un enjeu majeur à l’échelle mondiale. Les ordres de grandeur permettent d’en mesurer l’ampleur : chaque année, plusieurs milliers de milliards d’euros circuleraient à travers des circuits de blanchiment.
Avec la montée en puissance des services financiers digitaux, les plateformes en ligne sont devenues des points d’attention particuliers pour les autorités, en raison de la rapidité et de la dématérialisation des flux qu’elles permettent.
Dans ce contexte, la logique réglementaire est claire : agir en amont. Plutôt que d’intervenir une fois les fonds dispersés dans le système financier, les autorités imposent des mécanismes permettant de savoir, dès l’origine, qui se trouve derrière chaque compte et chaque flux.
C’est pour cette raison que les acteurs qui manipulent des fonds pour le compte de tiers — banques, établissements de paiement et plateformes d’investissement — sont soumis à des obligations strictes de vigilance et de contrôle. En France, ces obligations s’inscrivent sous la supervision conjointe de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), chargée notamment des questions de LCB-FT, et de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), qui encadre les acteurs et produits relevant de l’investissement.
Dans ce cadre, le rôle du KYC et du KYB est fondamental : rendre les flux financiers traçables et attribuables, afin que chaque mouvement d’argent puisse être rattaché sans ambiguïté à une personne ou à une entité clairement identifiée.
Le rôle des plateformes et de leurs partenaires
Les plateformes d’investissement ne fonctionnent pas seules.
Lorsqu’elles sont agréées PSFP (Prestataire de Services de Financement Participatif) comme Bienprêter, elles opèrent dans un cadre réglementaire strict, qui encadre à la fois la mise en relation des investisseurs et des porteurs de projets, la diligence en matière de conformité, ainsi que la gestion des flux financiers associés.
Dans la pratique, cet écosystème repose sur plusieurs niveaux d’acteurs :
- la plateforme agréée PSFP, responsable de l’organisation des opérations, de la relation client et du respect global des obligations réglementaires ;
- un prestataire de services de paiement (PSP), chargé de la gestion des comptes de paiement et de l’exécution des flux financiers ;
- des prestataires de vérification d’identité, qui interviennent en tant que sous-traitants du PSP pour réaliser les contrôles KYC et KYB, selon des processus et des standards imposés par la réglementation.
Le PSP conserve la responsabilité réglementaire de ces contrôles, tout en s’appuyant sur des outils et acteurs spécialisés pour leur mise en œuvre opérationnelle.
La plateforme PSFP, de son côté, veille à la cohérence de l’ensemble du dispositif et à la bonne information des utilisateurs tout au long de leur parcours.
La conformité repose ainsi sur une chaîne d’acteurs interdépendants, chacun intervenant dans un périmètre clairement défini, sous le contrôle des autorités compétentes.
Cas concret : Le KYC sur Bienprêter
Lorsqu’un utilisateur transmet une pièce d’identité lors de son inscription ou d’une réactualisation de dossier, le document n’est pas traité directement par Bienprêter, conformément au cadre réglementaire applicable.
- La pièce d’identité est transmise via un parcours sécurisé opéré par Lemonway (PSP) ;
- Elle est collectée et vérifiée par le prestataire de vérification d’identité, Ondorse ;
- Le résultat du contrôle est transmis à Lemonway, qui valide ou non le dossier, conditionnant l’accès effectif aux services proposés par Bienprêter.
Ce qui évolue concrètement dans les procédures KYC en 2026
En 2026, il n’y a pas eu l’apparition d’une « nouvelle loi KYC » à proprement dit, mais un renforcement progressif et opérationnel des exigences.
Dans la pratique, cela se traduit par :
- des mises à jour de dossiers plus fréquentes, y compris pour des comptes anciens, afin de s’assurer que les informations d’identification restent cohérentes avec la situation réelle de l’utilisateur, l’évolution de ses usages, et les standards réglementaires en vigueur ;
- des méthodes de vérification plus robustes, intégrant davantage d’automatisation, de contrôles de cohérence et de preuve de présence (biométrie, contrôle facial) ;
- des vérifications plus approfondies lorsque les montants, les flux ou les profils présentent des particularités.
Un dossier validé par le passé peut ainsi nécessiter une actualisation, non pas en raison d’un problème particulier, mais parce que certaines données deviennent obsolètes, que les méthodes de vérification évoluent, ou que de nouveaux critères de vigilance sont appliqués de manière uniforme à l’ensemble des acteurs régulés.
Côté entreprises, les procédures KYB accordent une attention accrue à la structure de contrôle et aux bénéficiaires effectifs.
Enfin, une logique de sécurisation en amont est désormais privilégiée : en cas de dossier incomplet, certaines fonctionnalités peuvent être temporairement limitées afin d’éviter toute opération non conforme, le temps que les informations requises soient complétées ou validées par les acteurs concernés.
Sécurité et protection des données
Les données collectées dans le cadre des procédures de KYC et de KYB sont strictement encadrées par la réglementation. Elles ne sont ni utilisées à des fins commerciales, ni exploitées en dehors des obligations de conformité imposées aux acteurs financiers.
Concrètement, ces données :
- sont collectées uniquement pour répondre aux exigences réglementaires en matière de lutte contre le blanchiment et le financement illicite ;
- sont stockées et traitées par des acteurs soumis à des normes élevées de sécurité, d’audit et de contrôle interne ;
- font l’objet de mesures techniques et organisationnelles visant à prévenir tout accès non autorisé, toute perte ou toute altération.
Les prestataires intervenant sur ces sujets opèrent dans un cadre européen exigeant, notamment en matière de protection des données personnelles, de diligence réglementaire et de traitement des données sensibles. Les informations transmises sont conservées pour des durées limitées, définies par la réglementation, puis supprimées ou archivées selon des règles strictes.
Conclusion
Dans ce contexte, il est compréhensible que certaines demandes d’informations ou de mises à jour puissent susciter des interrogations. Elles ne relèvent ni d’une situation individuelle particulière, ni d’une décision ponctuelle, mais de l’application d’un cadre réglementaire commun à l’ensemble des acteurs régulés, nécessaire au bon fonctionnement de l’investissement en ligne.
Le renforcement progressif de ces exigences s’inscrit dans l’évolution d’un secteur devenu largement digital, plus interconnecté et mécaniquement plus exposé aux risques de fraude et de détournement. Les dispositifs d’identification et de conformité constituent ainsi non pas une contrainte optionnelle, mais une condition essentielle à l’exercice d’une activité financière encadrée.
Comprendre le KYC et le KYB, c’est enfin mieux appréhender le fonctionnement actuel de l’investissement en ligne, et la place centrale qu’y occupe l’identification comme socle durable de confiance et de sécurité.




Publié le 16/01/2026 18:55:56 par Claude L. (Prêteur)